Léa Borgeaud

TITRE

Épidémiologie des accidents domestiques chez les enfants de 0 à 15 ans admis aux urgences pédiatriques du Centre Hospitalier National d’Enfant Albert Royer à Dakar, Sénégal : Étude rétrospective et observationnelle

INTRODUCTION :

Les accidents sont un problème de santé majeur dans le monde. Ils entraînent une morbidité et une mortalité importantes parmi la population pédiatrique. Ce travail se penche sur les traumatismes non intentionnels survenant à domicile. L’accident domestique peut être défini comme un événement fortuit et dommageable survenant soudainement au domicile ou à proximité. Dans le contexte africain, où les pathologies néonatales, infectieuses et les carences nutritionnelles sont prédominantes, la pathologie accidentelle, bien réelle, est mal documentée. L’objectif principal de ce travail est de proposer un état des lieux concernant les accidents domestiques touchant des patients entre 0 et 15 ans à Dakar, au Sénégal.

MATERIEL ET METHODES : 

Il s’agit d’une étude rétrospective et observationnelle effectuée au Centre Hospitalier National d’Enfants Albert Royer (CHNEAR).  Notre étude se sépare en 3 parties distinctes qui permettent d’avoir une vue d’ensemble sur la problématique : une revue de littérature narrative présentée à la Soseped en 2022 déjà, une récolte de données rétrospectives et des entretiens semi-structurés. La collecte de données rétrospectives et les entretiens se sont déroulés entre août et septembre 2022 dans le service d’Accueil d’Urgences et le service de Chirurgie Pédiatrique du CHNEAR. Les patients inclus dans l’étude (leur niveau socio-économique ayant été classé de 1 à 3 selon le quartier d’habitation, la profession des parents et le nombre d’enfants dans la fratrie) devaient être admis aux urgences entre le 1er juillet et le 31 août 2022 à la suite d’un accident survenu au domicile. Les entretiens ont été menés avec du personnel médico-social et/ou acteurs du système de santé sénégalais.

RÉSULTATS : 

187 enfants ont été inclus (93 filles et 94 garçons) âgés de 1 et 5 ans (57,2 % et une médiane de 4 ans). Le nombre d’enfants par fratrie est égal à une médiane de 3, avec les cadets touchés dans 39% des cas. Le  niveau-socio-économique est principalement modéré (niveau 2 sur 3), soit 49 % des participants. La majorité des accidents se déroule l’après-midi (36,5 %) ou le soir (45,1 %). Le vendredi est le jour décomptant le plus d’accidents, suivi du mercredi. 29,7 % des accidents surviennent dans la cour, suivi de la cuisine (25,3 %). La chute est le type d’accident le plus fréquent (51,3 %), suivi des brûlures (12,9 %), des écrasements (10,36 %), des intoxications (8,3 %) et des ingestions de corps étranger (4,1 %). Les fractures sont les lésions les plus fréquentes (46 %), avec le membre supérieur touché dans 74,4 % des cas. Concernant les brûlures, toutes (N = 25) sont du 2ème degré et atteignent entre 1 et 39 % de la surface corporelle; 4 enfants ont été hospitalisés. Le premier lieu de consultation est l’hôpital (77,8 % des cas), suivi des Centres de Santé (14,9 %). La prévalence globale des admissions à la suite d’un accident domestique dans le service de chirurgie pédiatrique est de 20 %. 

Les 7 entretiens menés révèlent un consensus sur le manque de prévention adaptée, compréhensible et accessible à la population, soulignant ainsi la nécessité d’investir dans des mesures de santé publique pour réduire ces accidents évitables.

CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS : 

Diverses explications/questions sont soulevées par les tendances de nos résultats. L’âge moyen de notre cohorte correspond à la littérature africaine qui situe l’âge moyen d’admission pour accident domestique entre 1,3 à 6 ans; il en est de même de la prévalence des consultations pour accident domestique. Au Sénégal, où la population est à 94% musulmane, le vendredi, jour de prière collective, les enfants sont souvent au domicile en fin de journée; échappent- ils plus facilement à la vigilance des adultes? Concernant le type d’accident, les chutes sont fréquentes à l’âge préscolaire, le jeu représentant la principale activité des enfants à domicile en occasionnant ainsi facilement. Les intoxications sont liées à l’utilisation fréquente en Afrique de pétrole et d’agents caustiques encore trop souvent à la portée des enfants. Finalement, le niveau socio-économique retrouvé dans notre étude (modéré) correspond à la population citadine souvent décrite comme plus aisée qu’en milieu rural. La grande précarité est quasi- absente de nots données, cette frange de la population consultant malheureusement très peu.

En conclusion, il parait pertinent de s’intéresser à la problématique accidentelle des enfants sur le continent africain, celle-ci représentant la troisième cause de mortalité en pédiatrie. Des investissements aussi bien en recherche, qu’en prévention, formation et réglementation sont nécessaires afin de les diminuer, la plupart paraissant évitables. Une plus grande accessibilité aux soins pour les populations les plus précisées est également nécessaire.

MOTS CLES : accidents domestiques, afrique, urgence, pédiatrie

 

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